Un épicier qui vient chercher trois cartons de thé et repart les mains vides ne revient pas toujours la semaine suivante. Il est allé chez le grossiste d'à côté, et il y a de bonnes chances qu'il y retourne. Pour un distributeur, la rupture de stock ne coûte pas seulement la vente du jour : elle coûte parfois le client.
À l'inverse, remplir le dépôt « au cas où » immobilise une trésorerie qui manque ailleurs, surtout quand une bonne partie des clients paie à 30 ou 60 jours. Le point de commande et le stock de sécurité servent précisément à trouver le juste milieu : commander au bon moment, ni trop tôt ni trop tard.
Le point de commande, en une phrase
Le point de commande (ou seuil de réapprovisionnement) est le niveau de stock qui doit déclencher une nouvelle commande fournisseur. Quand le stock d'un article descend à ce niveau, vous commandez, et la marchandise arrive avant que le rayon ne soit vide.
La formule de base :
Point de commande = (Consommation moyenne quotidienne × Délai de livraison en jours) + Stock de sécurité
Elle se lit simplement. Pendant que vous attendez la livraison, vous continuez à vendre : la première partie de la formule couvre exactement ces ventes. Le stock de sécurité, lui, couvre ce qui ne se passe pas comme prévu.
Les trois données à réunir
- La consommation moyenne quotidienne : le nombre d'unités vendues par jour en moyenne. La méthode la plus simple consiste à prendre les ventes des 30 derniers jours et à diviser par 30. Pour un produit saisonnier, une moyenne sur les 7 ou 14 derniers jours reflète mieux la demande actuelle.
- Le délai de livraison : le nombre de jours entre le moment où vous passez commande et le moment où la marchandise est disponible dans votre dépôt, pas le délai « commercial » annoncé par le fournisseur. Si le camion arrive le jeudi mais que la réception et le rangement prennent une journée, comptez cette journée.
- Le stock de sécurité : la réserve destinée à absorber les imprévus.
Exemple chiffré : un distributeur d'eau minérale à Fès
Un distributeur livre des épiceries et des cafés. Sur les 30 derniers jours, il a vendu 1 200 packs d'une marque d'eau, soit 40 packs par jour. Son fournisseur livre en 5 jours. Il décide de garder 50 packs de sécurité.
- Consommation pendant le délai : 40 × 5 = 200 packs
- Point de commande : 200 + 50 = 250 packs
Dès que le stock passe sous 250 packs, il commande. Si tout se passe normalement, il lui restera environ 50 packs au moment de la livraison. Si le camion a deux jours de retard, ces 50 packs couvrent un peu plus d'une journée de ventes : ce n'est pas suffisant, et c'est tout l'enjeu du dimensionnement du stock de sécurité.
Dimensionner le stock de sécurité
La règle du pourcentage
Une règle simple consiste à garder entre 25 % et 50 % de la consommation pendant le délai de livraison. Pour l'eau minérale, la consommation pendant le délai est de 200 packs, ce qui donne un stock de sécurité compris entre 50 et 100 packs. Pour les produits dont la rupture vous ferait perdre un client important, ou dont l'approvisionnement est irrégulier, placez-vous en haut de la fourchette, voire au-delà.
La méthode « pire cas raisonnable »
Si vous avez un historique, vous pouvez estimer le stock de sécurité à partir de ce qui s'est réellement produit :
Stock de sécurité = (Consommation maximale × Délai maximal) − (Consommation moyenne × Délai moyen)
Reprenons le distributeur de Fès. Ses meilleurs jours, il vend 55 packs. Son fournisseur a déjà mis 7 jours à livrer.
- Pire cas : 55 × 7 = 385 packs
- Cas moyen : 40 × 5 = 200 packs
- Stock de sécurité : 385 − 200 = 185 packs
Le point de commande passe alors à 200 + 185 = 385 packs. C'est nettement plus prudent, mais aussi plus coûteux en trésorerie. Cette méthode convient aux références stratégiques, pas forcément à tout le catalogue.
Ce qui justifie un stock de sécurité élevé
- Un fournisseur dont les délais varient beaucoup, notamment pour les produits importés qui passent par le port et le dédouanement.
- Une demande irrégulière, liée à la météo (eau, boissons en été) ou au calendrier.
- Un produit d'appel : si vous en manquez, le client va voir ailleurs pour toute sa commande.
À l'inverse, un produit disponible chez un fournisseur local qui livre en 24 heures peut se contenter d'un stock de sécurité modeste.
Ramadan, Aïd et saisonnalité : recalculer avant, pas après
La consommation moyenne n'est pas une constante. Avant Ramadan, la demande de farine, de dattes, de lait, d'huile ou de sucre augmente fortement dans les épiceries, et les grossistes le ressentent quelques jours avant. Garder le point de commande calculé en période normale est la meilleure façon de tomber en rupture au pire moment.
Exemple : un grossiste vend habituellement 30 sacs de farine par jour, avec un délai de 4 jours et 40 sacs de sécurité.
- Point de commande habituel : 30 × 4 + 40 = 160 sacs
Pendant Ramadan, ses ventes montent à 60 sacs par jour. S'il garde son seuil à 160 sacs, ce stock ne couvre que 160 ÷ 60 = 2,7 jours, alors que la livraison en demande 4. Il sera en rupture pendant plus d'une journée, soit environ 80 sacs non vendus. Avec une marge de 12 DH par sac, cela représente près de 960 DH perdus à chaque cycle de commande, sans compter les clients qui iront se servir ailleurs.
Recalculé pour Ramadan avec un stock de sécurité ajusté à 80 sacs :
- Nouveau point de commande : 60 × 4 + 80 = 320 sacs
La bonne pratique : recalculer les seuils des références sensibles deux à trois semaines avant Ramadan, à nouveau avant l'Aïd, puis les ramener à la normale après la période de pointe pour ne pas se retrouver avec un surstock.
Les erreurs qui faussent le calcul
Regarder uniquement le stock physique
Le stock à comparer au point de commande n'est pas seulement ce qu'il y a sur les étagères. Il faut ajouter les commandes fournisseurs déjà passées et pas encore reçues, et retirer ce qui est déjà réservé pour des clients. Sinon, vous risquez de commander deux fois le même besoin.
Contrôler une fois par semaine
La formule suppose que vous surveillez le stock en continu. Si vous ne faites le point que chaque lundi, le stock peut franchir le seuil le mardi et continuer à baisser pendant six jours avant que vous ne réagissiez. Dans ce cas, ajoutez la période de contrôle au délai :
Point de commande = Consommation quotidienne × (Délai + Période de contrôle) + Stock de sécurité
Pour l'eau minérale contrôlée chaque semaine : 40 × (5 + 7) + 50 = 530 packs.
Confondre point de commande et quantité à commander
Le point de commande dit quand commander. La quantité à commander est une autre décision, qui dépend du minimum imposé par le fournisseur, de la taille d'un camion complet, des remises par palier et de la place disponible dans le dépôt.
Oublier d'arrondir
Un point de commande de 87,5 unités n'a pas de sens pour des cartons. Arrondissez toujours au-dessus : mieux vaut un carton de trop qu'une rupture.
Faire le calcul pour vos références
Pour obtenir le seuil d'un article sans erreur, notre calculateur de point de commande applique exactement la formule ci-dessus : consommation quotidienne × délai de livraison, plus le stock de sécurité, avec un résultat arrondi à l'unité supérieure. Vous trouverez d'autres calculateurs gratuits pour la gestion de stock et la facturation sur la page outils.
Commencez par vos 20 références les plus vendues : ce sont elles qui génèrent l'essentiel du chiffre d'affaires, et donc l'essentiel des pertes en cas de rupture. Quand le catalogue grandit, un logiciel comme Ordavia peut suivre la consommation réelle et signaler automatiquement les articles qui atteignent leur seuil.
FAQ
À quelle fréquence faut-il recalculer le point de commande ?
Au minimum une fois par mois pour les références principales, et systématiquement avant les périodes de forte demande comme Ramadan, l'Aïd, l'été ou la rentrée scolaire. Un changement de fournisseur ou de délai de livraison impose aussi un recalcul.
Le stock de sécurité peut-il être nul ?
C'est possible pour un article à faible enjeu, dont le fournisseur est proche et fiable et dont la demande est stable. Dans ce cas, le point de commande est simplement égal à la consommation pendant le délai. Mais le moindre retard provoque alors une rupture.
Comment gérer un produit qui se vend très peu ?
Pour un article qui se vend quelques unités par mois, la consommation quotidienne est inférieure à 1. Calculez-la tout de même (par exemple 6 unités par mois donnent 0,2 par jour), puis arrondissez le point de commande au-dessus. Pour ces références, un stock minimum fixe est souvent plus simple à piloter.
Faut-il un point de commande par dépôt ?
Oui, si vous avez plusieurs dépôts ou un camion de vente qui fonctionne comme un stock mobile. Chaque emplacement a ses propres ventes et son propre délai de réapprovisionnement.