Dans la distribution au Maroc, le crédit fait partie de la relation commerciale. L'épicier qui vous prend dix cartons aujourd'hui vous paiera « la semaine prochaine », et s'il ne trouve pas ce crédit chez vous, il le trouvera chez un concurrent. Le problème n'est donc pas de refuser le crédit, mais de le piloter : savoir qui vous doit quoi, depuis quand, et à quel moment dire stop, sans casser la relation. Voici une méthode concrète pour y arriver.
Pourquoi les créances dérapent
Les impayés ne s'installent presque jamais d'un coup. Ils s'accumulent par petites touches :
- une facture de 800 DH « oubliée » parce que le commercial n'a pas insisté ;
- un chèque remis puis retourné, jamais remplacé ;
- un client qui paie toujours la dernière livraison mais jamais l'ancien solde ;
- des avoirs promis oralement et jamais enregistrés, que le client déduit de lui-même ;
- une absence de relevé de compte, qui fait que le client conteste le montant.
Le résultat est connu : un solde qui gonfle, un client qui s'éloigne parce qu'il se sent trop endetté, et parfois un départ chez un concurrent en laissant la dette derrière lui.
Règle 1 : un plafond de crédit par client, écrit
Chaque client à crédit doit avoir deux limites claires :
- un plafond en dirhams : le solde maximum autorisé ;
- un délai maximum : par exemple 15 ou 30 jours à partir de la livraison.
Le plafond se fixe selon l'historique du client, son volume d'achat et son comportement de paiement. Une règle de départ simple : environ deux semaines d'achats moyens pour un bon payeur, une semaine pour un client récent, zéro crédit (comptant uniquement) pour un client qui a déjà eu un chèque impayé non régularisé.
L'important est que le commercial connaisse ce plafond avant de prendre la commande. S'il le découvre au bureau le soir, la marchandise est déjà livrée.
Que faire quand le plafond est atteint ?
Ne bloquez pas brutalement. Proposez une règle simple : « Je te livre la commande du jour si tu règles l'ancienne facture. » Le client continue à être servi, la dette ne grossit pas. C'est souvent mieux accepté qu'un refus sec.
Règle 2 : le relevé de compte, régulièrement
Beaucoup de litiges viennent d'un désaccord sur le montant dû. Le client pense devoir 3 000 DH, vous annoncez 4 200 DH. Sans document, c'est votre parole contre la sienne.
Le relevé de compte liste, pour une période :
- le solde de départ ;
- chaque facture ou bon de livraison, avec date et montant ;
- chaque paiement reçu (espèces, chèque, effet, virement) ;
- chaque avoir (retour, remise) ;
- le solde final.
Remettez-le au client au moins une fois par mois, et à chaque fois qu'il conteste un montant. Un relevé imprimé sur place avec une petite imprimante, ou envoyé par WhatsApp en PDF, règle la plupart des discussions en quelques minutes.
Règle 3 : des relances échelonnées et polies
La relance fonctionne quand elle est régulière et prévisible, pas quand elle arrive par surprise après trois mois de silence. Un calendrier type :
| Retard | Action | Qui |
|---|---|---|
| Échéance | Rappel lors de la visite normale | Commercial |
| + 7 jours | Relevé de compte remis, demande de date de paiement | Commercial |
| + 15 jours | Appel du responsable commercial, livraisons conditionnées au paiement | Responsable |
| + 30 jours | Blocage du crédit, livraisons au comptant uniquement | Direction |
| + 60 jours | Proposition d'échéancier écrit, puis mise en demeure si rien ne bouge | Direction |
Gardez le ton cordial. Le client qui a des difficultés passagères (mauvaise saison, dépenses de rentrée scolaire, période après l'Aïd) doit sentir qu'on peut trouver un arrangement. Un échéancier écrit, par exemple quatre paiements hebdomadaires, récupère souvent plus d'argent qu'une confrontation.
Attention aux périodes sensibles
Juste après l'Aïd al-Adha ou à la rentrée scolaire, beaucoup de familles et de petits commerçants ont moins de liquidités. Anticipez : relancez avant ces périodes, pas pendant. Inversement, pendant le Ramadan et avant l'Aïd al-Fitr, les épiciers vendent davantage : c'est souvent le meilleur moment pour récupérer un ancien solde.
Chèques et effets de commerce : les bons réflexes
Les chèques
Le chèque reste très utilisé, notamment le chèque remis pour une date future. Quelques réflexes :
- vérifier sur place le nom, le montant en chiffres et en lettres, la date et la signature ;
- enregistrer immédiatement le chèque avec son numéro, sa banque et sa date d'encaissement prévue ;
- tenir un échéancier des chèques à déposer, pour ne pas en oublier ;
- en cas de retour pour défaut de provision, contacter le client rapidement et ne plus accepter de chèque de sa part tant que la situation n'est pas régularisée.
Le chèque sans provision est encadré par la loi marocaine et peut avoir des conséquences pour l'émetteur. Pour toute démarche formelle, faites-vous accompagner par votre banque ou un conseiller juridique plutôt que de vous fier à des informations approximatives.
Les effets (lettres de change)
Pour les clients plus importants, l'effet de commerce accepté donne une date de paiement claire et un document solide. Il est plus contraignant à gérer, mais adapté aux grossistes et semi-grossistes avec des montants élevés. Tenez-le dans le même échéancier que les chèques.
Exemple chiffré : un client qui dérape
Prenons un exemple fictif. Hanout « Épicerie Al Amal », quartier Sidi Bernoussi, plafond de crédit fixé à 5 000 DH, délai de 15 jours.
| Date | Opération | Débit | Crédit | Solde |
|---|---|---|---|---|
| 1er mars | Solde reporté | 2 400 DH | ||
| 4 mars | Facture n° 1021 | 1 850 DH | 4 250 DH | |
| 8 mars | Paiement espèces | 1 000 DH | 3 250 DH | |
| 11 mars | Facture n° 1087 | 2 100 DH | 5 350 DH | |
| 14 mars | Avoir retour (produits abîmés) | 180 DH | 5 170 DH | |
| 18 mars | Chèque au 30 mars | 2 400 DH | 5 170 DH (chèque en attente) |
Le 18 mars, le solde dépasse le plafond de 170 DH, et le solde reporté du 1er mars a plus de 15 jours. Le chèque de 2 400 DH ne sera encaissé que le 30 mars. Tant qu'il n'est pas encaissé, le commercial doit le considérer comme une promesse, pas comme un paiement.
Décision raisonnable : livrer la commande suivante uniquement si elle est payée en espèces ou si le client ramène le solde sous 5 000 DH. Si le chèque du 30 mars passe, le solde redescend à 2 770 DH et le crédit normal reprend. S'il revient impayé, le client passe au comptant jusqu'à régularisation.
Ce type de décision est facile à prendre quand le relevé est à jour. Sans lui, le commercial livre, la dette monte, et le problème apparaît trois mois trop tard.
Organiser l'encaissement sur le terrain
- Le commercial encaisse, le bureau contrôle. Chaque encaissement doit donner lieu à un reçu remis au client, avec un numéro.
- Remise de caisse le jour même. Espèces et chèques sont remis chaque soir, rapprochés avec les reçus émis.
- Pas d'avoir oral. Si un commercial accorde une remise ou reprend un produit, cela passe par un avoir enregistré, sinon le client le déduira quand même et votre solde sera faux.
Pour émettre des factures propres, avec l'ICE du client et le vôtre, vous pouvez utiliser le générateur de factures. Une facture complète et lisible réduit les contestations. Retrouvez aussi nos autres outils gratuits.
Indicateurs à suivre chaque semaine
- le total des créances clients ;
- la part des créances de plus de 30 jours et de plus de 60 jours ;
- les 10 clients qui doivent le plus ;
- les clients au-dessus de leur plafond ;
- les chèques à encaisser dans les sept prochains jours et les chèques retournés.
Un simple tableau revu chaque lundi avec les commerciaux suffit souvent à faire baisser les retards, parce que chacun sait que le sujet sera regardé.
Si ce suivi se fait aujourd'hui dans plusieurs cahiers, un logiciel comme Ordavia peut afficher au commercial, sur son téléphone, le solde et le plafond de chaque client avant la commande, et produire le relevé de compte sur place.
FAQ
Comment fixer le plafond de crédit d'un nouveau client ?
Commencez petit, par exemple l'équivalent d'une semaine d'achats estimés, puis augmentez après deux ou trois mois de paiements réguliers. Il vaut mieux augmenter un plafond que devoir le réduire.
Faut-il bloquer un client qui ne paie pas ?
Bloquer le crédit, oui ; bloquer la relation, rarement. Passer le client au comptant et proposer un échéancier pour l'ancien solde permet souvent de récupérer l'argent et de garder le client.
Un chèque post-daté vaut-il paiement ?
Non, tant qu'il n'est pas encaissé. Enregistrez-le dans un échéancier et considérez le solde comme toujours dû jusqu'à l'encaissement effectif.
À quelle fréquence envoyer un relevé de compte ?
Au moins une fois par mois pour chaque client à crédit, et à chaque fois qu'un montant est contesté.